samedi 27 juin 2020

Branle de la Torche

https://youtu.be/RxzR08MoRE4


Branle de la Torche (Michael Prætorius, 1612)

Cette danse est la "danse du tapis" de la Renaissance. Un danseur tenait une torche ou un chandelier. Il choisissait ensuite une danseuse avec qui il dansait et à qui il remettait ensuite le chandelier. A son tour, la danseuse choisissait un danseur pour lui donner le bougeoir…

Comme l'indique Thoinot Arbeau dans l'Orchésographie (en 1588) : "La Damoiselle tenant le chandelier, faict comme elle a veu faire au jeune homme, & en dançant, en va choisir quelque aultre, auquel en fin, aprez l'avoir mis en sa place, elle donne le chandelier, & ainsi conséquemment s'appellent a ceste dance les uns les aultres."

Cette version à 5 voix vient de "Terpsichore Musarum", publié en 1612 par l'Allemand Michael Prætorius, qui compile (et arrange) toutes les danses (françaises) de son époque.

Nicolas FENDT, flûtes sopranino, soprano, alto, ténor et basse ; luth-guitare ; tambour

jeudi 11 juin 2020

Allemande Lorraine

A voir sur Youtube 

Almande Lorayne (Pierre Phalèse)

L'Allemande est une des nombreuses danses de la Renaissance ; c'est une danse de marche, presque de procession, et elle se danse en couple. 

En 1588-1589, Thoinot Arbeau (dans l'Orchésographie) en parle ainsi : " En dansant l'Allemande, les jeunes hommes quelquefois dérobent les damoiselles, les ôtant de la main de ceux qui les mènent, et celui qui est spolié se travaille d'en r'avoir une autre. Mais je n'approuve point cette façon de faire, parce qu'elle peut engendrer des querelles & mécontentements." (N'oublions pas que Thoinot Arbeau, pseudonyme et anagramme de Jehan Tabourot, était chanoine à Langres…)

L'Allemande Lorraine (ou Lorayne, ou même Loreyne) se retrouve dans de nombreux livres de partitions pour luth, ou pour ensemble, entre 1551 et 1583. C'est un "tube" de l'époque, caractérisé par des figures de danses particulières où à un moment donné les couples tournent sur eux-mêmes et se font face (on se rapproche des contredanses des siècles suivants). Elle a même été "reprise" et popularisée en 1578 par l'Italien Mainerio sous le nouveau titre "Ballo Francese" (en 1578, ce qui était lorrain sonnait certainement français, montrant par-là l'influence des Guise, de la reine Louise de Lorraine, et de la famille de Lorraine, à la cour d'Henri III).

La version ici jouée a été publiée par Pierre Phalèse, à Anvers, en 1571 et 1583.

Nicolas FENDT, quatuor de flûtes à bec, hautbois de Poitou, hautbois de berger, luth-guitare, tambour

jeudi 28 mai 2020

Branles de Village (Robert Ballard, 1614)

Branles de Village sur Youtube

A voir sur Youtube

Robert Ballard est un joueur de luth et compositeur de l'époque de Louis XIII, issus d'une célèbre famille de musiciens, éditeurs et imprimeurs de son époque.
Musicien de la Chambre du Roi, luthiste de Marie de Médicis, la mère de Louis XIII, il sera aussi un des maîtres de musique du jeune roi.
Dans son livre de luth publié en 1614 par son frère Pierre, il publie cette musique destinée à être jouée par un seul luth, basée sur un bourdon (notes continues comme sur la cornemuse) ce qui lui donne un caractère traditionnel.

Cette musique se prête parfaitement à être accompagnée par l'épinette des Vosges.

Nicolas FENDT : flûtes à bec, hautbois de berger, épinette des Vosges, mandole, guitare-luth, guitare et arrangements.

lundi 17 février 2020

Le Branle de Metz


Le Branle de Metz est avant tout une musique de cour, nommé ainsi en hommage à la ville de Metz que Louis XIII a plusieurs fois visitée lors de son règne.

Le Branle de Metz n'est nullement une danse traditionnelle de cette ville et ne figure dans aucun corpus de la Renaissance (type Orchésographie ou autre).
Cette musique apparaît dans les années 1630, il est très probable qu'elle ait été composée par un des luthistes (et professeur de luth) de Louis XIII, René Mézangeau, qui la fait publier en 1638 par Ballard.
Au début des années 1630, l'illustre poète Vincent Voiture compose déjà une chanson à succès sur cette musique ("Apprenez notre voyage"), et la musique est utilisée dans un ballet royal de 1635, dansé par Louis XIII, "le Ballet des Triomphes".

Témoignage de Pierre de La Porte, 1er Valet de Louis XIII (Mémoires) : "Je reviendrai donc à Metz, où la cour passa tout l'hiver de 1633 (…). Ce fut pendant ce séjour que le branle de Metz revint à la mode (…)."

On connaît par la suite le succès phénoménal de cette musique en tant qu'air d'innombrables chansons (d'ailleurs uniquement des chansons parisiennes sur feuillets, ou de vaudeville, comme l'indique Tiersot).
On sait aussi que ce branle a été dansé à la cour de Louis XIV, il est cité par le Marquis de Dangeau dans son journal, à propos d'un bal de la cour à Chambord en 1684 (à qui il semble évident que danser le Branle de Metz signifie finir le bal), et il a été publié plusieurs fois par Philidor au 17ème siècle. Mais hélas, on n'en connaît pas la chorégraphie, qui devait très certainement rendre hommage aux "vieilles" danses du siècle précédant le "Grand Siècle".

Témoignage du Marquis de Dangeau (Journal, 1684) : "Madame la Dauphine, à un bal, refusa le milord Harram qui la vint prendre et dit qu'elle vouloit danser le branle de Metz, si bien que le bal finit; le roi approuva ce qu'elle avoit fait parce que milord Harram n'étoit que fils de duc et non pas duc lui-même."

Reste une musique étrange, originale, qui conserve une partie de son mystère … Mais soyons sûr que le branle de Metz n'a jamais été dansé par les messins lors de leurs fêtes populaires.
Le Branle de Metz est ici joué à la flûte à bec, accompagné par la guitare et quelques percussions. Il en conserve son côté "baroque naissant".

Un grand merci à Naïk Raviart, chercheuse et historienne de la danse, pour son avis précieux et éclairé.

vendredi 16 août 2019

Ronde lorraine


Cet air (une "ronde" que l'on peut danser en branle), a été collecté en 1937 par l'abbé Louis Pinck à Bambiderstroff, en Moselle (Verklingenden Weisen, Lothringer Volkslieder, tome 4).
Les dames qui le lui ont chanté se rappelaient très bien les rondes auxquelles elles avaient participé. Elles racontaient que c'était surtout les dimanches entre Pâques et Pentecôte que l'on "rondiait".

"On disait : " Aujourd'hui on va rondier ", et après le rosaire, jeunes et vieux se réunissaient sur la grande place, au milieu du village. Régulièrement, une première ronde y était exécutée, quand on ne sortait pas directement en dehors du village.
Les enfants des écoles n'y participaient pas, pas plus que les plus âgés dont les parents ne l'auraient pas toléré car le Curé y était opposé. Alors qu'il faisait remarquer à la vieille Bändergretel, qu'elle était assez vieille pour ne plus y participer, elle lui répondit : " Si je n'y suis pas, alors ça n'ira plus ". Les anciens apprenaient aux plus jeunes autant les rondes que les chants.
Si l'on était trop nombreux pour que chacun trouve sa place sur le cercle, les plus jeunes, d'environ 16 ans, formaient un deuxième cercle plus petit à l'intérieur du premier. On sortait du village en chantant joyeusement. Celui que l'on rencontrait en chemin était embarqué et devait suivre la troupe que ça lui plaise ou non. "
(extraits du témoignage de Mme Louise MALHOMME, 68 ans en 1937, journalière à Bambiderstroff, Moselle)
Traduction : http://mattagumber.over-blog.com/

Grande cornemuse de berger (Shepherd Pipes) de Jim Parr (Angleterre)


mercredi 17 juillet 2019

Noël lorrain

https://www.youtube.com/watch?v=XsrsQTpCTpk
Chant de Noël lorrain en patois de Lunéville recueilli et publié en 1868 par Louis Jouve, à écouter sur Youtube.

Sa jolie musique est inspirée par celle d'un chant de Noël connu dans toute la France ("Nous sommes trois souverains princes"), et véhiculé par ces autres colporteurs importants de l'époque : les prêtres, et les pélerins (Un autre de titre de cet air est "La Chanson des pélerins de Saint Jacques"). 

Schäferpfeife (cornemuse de berger) de Alexander Tille (Allemagne)

jeudi 13 juin 2019

Le Branle des Chevaux (16è S.)

Le Branle des Chevaux est tiré de l'Orchésographie, traité des danses de la Renaissance publié en 1589 par Thoinot Arbeau, anagramme de Jehan Tabourot, chanoine de Langres. 
C'est une danse à figures, un branle "morgué" (mîmé). 

Extraits de l'Orchésographie : 
"Et fault que vous sçachiez que quand on a fait quelque branle nouveau, qu'ils appellent un ballet (pour s'en servir en une mascarade de quelque festin) incontinent les jeusnes gens l'apportent és compagnies, & luy attribuent un nom a leur plaisir. De ce nombre sont les branles dont s'ensuyvent les tabulatures, desquels branles & balets, la pluspart sont dancez avec mines, morgues, & gesticulations, & pour ceste occasion, on les peult appeller branles morguez. (…) Jay veu que l'on dançoit en ceste ville un branle, qu'on nommoit le branle des chevaulx, où l'on faisoit des tappements de pied (…), & me semble que l'air est tel ou semblable que voyez en la tabulature suyvante, laquelle se dançoit par mesure binaire, comme le branle commun, le jeune homme tenant sa Damoiselle par les deux mains. Le commencement de l'air dudit branle estoit comme voyez icy notté, & se dançoit par quatre doubles à gaulche, & par quatre doubles à droit." 

La cornemuse médiévale est particulièrement adaptée pour jouer ce "tube" de la musique Renaissance. 
Petite cornemuse médiévale Jens Güntzel (Allemagne).

dimanche 5 mai 2019

Branle d'Ecosse (16è s.)


Ecoutez sur youtube ce branle de la Renaissance, joué à la cornemuse médiévale

   À la Renaissance, l'Ecosse n'est pas inconnue en France, ni en Lorraine. En effet, Marie Stuart, brève reine de France, a marqué durablement les esprits, y compris lorsqu'elle est retournée en Ecosse pour y régner. Sa mère, la reine et régente d'Ecosse Marie de Lorraine, née à Bar-le-Duc, élevée au Château de Frouard, éduquée au couvent des clarisses de Pont-à-Mousson, a toute sa vie été fière d'être Lorraine, arborant les alérions lorrains sur son blason que l'on retrouve dans ses châteaux écossais (Stirling, Hollyrood, …). Sans doute était-elle contente de régner sur le pays du chardon, retrouvant ainsi l'un des symboles de sa région natale… 
Lorsque Jehan Tabourot, chanoine de Langres, publie en 1589 le recueil de danses intitulé l'Orchésographie (sous le pseudonyme anagramme de Thoinot Arbeau), il y fait figurer en bonne place le Branle d'Ecosse, danse populaire encore connue à cette époque mais un peu passée de mode. Comme il le précise "Les branles d'Escosse estoient en vogue y a environ vingt ans"...
Plus modale que "celtique", la musique de cette danse se prête parfaitement à une interprétation à la cornemuse médiévale.
Cornemuse médiévale ANCESTORE (Pologne)

dimanche 10 septembre 2017

Bientôt le 3ème album !

Toujours consacré aux chansons traditionnelles lorraines, et avec les mêmes interprêtes, notre nouvel album est en préparation....
Son titre ?
Le Petit Chamagnon
En voici le texte de présentation : 

Les colporteurs d'autrefois, marchands d'images et de refrains, musiciens routiniers, un peu acteurs au bagout de stentor et à la réputation parfois inquiétante, apportaient aux villes et aux villages les couleurs rares du rêve, du voyage, du rire, et du frisson. Et les badauds fascinés écoutaient les chansons de ces voyageurs, passant du rire aux larmes au fil des mots et des dessins qu'ils montraient au bout de leur bâton, ou de leur archet.
Ils se fournissaient à Epinal, chez Pellerin, en images édifiantes qu'ils exhibaient et vendaient sur les marchés. Comme certains venaient de Chamagne, dans les Vosges, on les appelait chamagnons dans tout l'Est de la France, et au-delà même.
Et grâce à eux, les chansons voyageaient.

Celles qui sont présentées ici ont toutes été collectées en Lorraine, mais se sont mêlées à d'autres versions des régions traversées par nos musiciens itinérants qui parfois allaient très loin vendre leurs marchandises.
Refrains d'ici, couplets de là, mélodie d'ailleurs ou d'un autre temps, les Colporteurs de Refrains ont imaginé le répertoire d'un chamagnon, entendu et partagé lors des voyages, des rencontres, des fêtes et des veillées.

À suivre ...
"Marchand ambulant", de A. Valentin, L'Illustration N°364, 16 février 1850